Le mystère
de Sade
Jean-François
Pilatre de Rozier (1754-1785) qui fut l'un des
deux premiers hommes à s'élever
dans les airs, l'autre étant le marquis
d'Arlandes, appartenait, en 1784, à un
Grand Chapitre général. A noter
que l'aîné des frères de Montgolfier,
Joseph (1740-1810) appartenait aux Neuf Surs.
Il ne semble pas que la
présence de maçons au sein des acteurs
de la conquête de l'air ait fait l'objet
d'études approfondies, mais signalons que
Lucien Bossoutrot, (1890-1958), avait été
reçu aux Inséparables du Progrès
en 1928 ; il fut fondateur d'Éole et appartint
également à Thélème,
trois loges parisiennes du G.O.D.F. |
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Aucune tentative de description
du fait maçonnique ne manque d'évoquer
Wolfgang Amadeus Mozart (reçu à la loge
À la Bienfaisance, à Vienne, en 1784).
Mais qui songe à Emmanuel Schikaneder, (1751-1812),
fondateur du "Theater auf der Wieden" où
aurait lieu la création de La Flûte enchantée,
qui avait été reçu à la
loge de Ratisbonne en 1788 ?
Autre controverse intéressante : Donatien Alphonse,
marquis de Sade (1740-1814) a-t-il été
franc-maçon ? Historiens et érudits s'opposent
: Lalande, Vénérable des Neuf Surs, cité
par Jacques Brengues, le voue aux gémonies.1
Pour relativiser l'horreur que l'uvre de Sade inspire
souvent, disons que les infortunes que ses héroïnes
vivent, les tourments qu'elles connaissent et les tortures
dont elles souffrent forment un tableau assez noir,
mais imaginons, qu'en plus il se soit mis à pleuvoir
!
Le XVIIIème siècle est
riche en auteurs maçons : La Dixmerie (1731-1791)
ou Chamfort (1741-1794), tous deux aux Neuf Surs. Pour
faire bon poids, l'abbé Barruel (mais si, mais
si...) y ajoute Chénier, sans que l'on sache
si ce fut André ou Marie-Joseph. Nous n'aurons
garde d'oublier Choderlos de Laclos, (1741-1803), auteur
des Liaisons dangereuses, ouvrage plus parfait qu'un
traité de balistique, reçu à la
loge L'Union, à l'orient du régiment d'artillerie
de Toul, en 1763.
Hugo Pratt, maçon
Il n'y a aucun doute sur
l'appartenance d'Hugo Pratt, auteur de bandes
dessinées, père de l'aventurier
Corto Maltese, à la franc-maçonnerie.
Témoignage d'un frère :
" Il a été élevé
au 4ème grade par la loge Ermete Trimesgisti, à
l'orient de Venise, en novembre 1989. J'ai moi-même
participé à cette tenue.
J'en garde un grand souvenir, un rituel solennel
et sobre de nos frères italiens, de la
ferveur et de la sincérité d'Hugo
Pratt qui n'excluait pas une note d'humour.
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Un dîner a suivi. Avec
Hugo Pratt, j'ai pu évoquer des souvenirs de
Saint-Germain-en-Laye. Il y a vécu, ses enfants
ont fait leurs études au lycée Marcel-Roby.
En 1989, Hugo Pratt habitait la Suisse où les
chocolats et les percepteurs sont meilleurs qu'en Italie,
mais il restait très attaché à
sa ville natale, Venise. La loge Ermete Trimesgisti
(de la GLI) est celle-là même qui est illustrée
dans Corto Maltese. "
Des Pierres Solides
La présence, l'évocation
de la franc-maçonnerie dans une uvre littéraire
est rarement satisfaisante. Un auteur maçon aura
scrupule à parler de l'Ordre, un non-maçon
suivant ses motivations sera incomplet, ou adoptera
un ton hostile.
Comment juger ce qu'Hugo Pratt,
disparu il n'y a guère, a mis de lui, et ce qu'il
a ajouté avec la licence permise à l'artiste
?
Hugo Pratt
appartenait à la loge Hermès Trismégiste
à Venise. En de nombreux albums de BD et,
notamment dans Fable de Venise, il fait des allusions
à la franc-maçonnerie.
Paul Lafargue (1842-1911), est également
connu comme gendre de Karl Marx et comme auteur
de l'Éloge de la paresse. Reçu en
1869 à L'Avenir, orient de Paris, il devait
par la suite accompagner la démarche antimaçonnique
de Jules Guesde : ce n'est qu'en 1901 que les socialistes
levèrent l'interdit qui, auparavant, frappait
la franc-maçonnerie. |
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Beaucoup d'hommes politiques
maçons, victimes d'une activité débordante
qui ne leur laisse guère de temps, deviennent
inassidus. Il faut donc louer les qualités de
Paul Ramadier (1888-1961) qui ne ralentit jamais son
activité maçonnique. Reçu à
la loge La Parfaite Union à Rodez, en 1913, il
eut par la suite plusieurs affiliations.
Paul Ramadier fut l'un des "80"
qui refusèrent les pleins pouvoirs à Pétain
le 10 juillet 1940.
Au cours de sa carrière politique, il fut le
premier Président du Conseil de la IVème République,
en 1947 : on prétend qu'un jour, au Palais-Bourbon,
pour rassembler une majorité hésitante,
il aurait fait le signe de détresse...
Mais comment parler de tous ces autres frères
dont les mérites n'auront aucune chance d'être
notés par l'historien. Ils étaient des
pierres solides, à l'écoute des autres,
bien à leur place, avec de petits travers que
l'on remarquait plus volontiers que les grandes qualités
qu'ils possédaient, mais dont ils ne faisaient
pas étalage.
Ces inconnus célèbres,
il faut faire l'effort de les découvrir.
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1 Et pourtant Sade aurait
été affilié aux Neuf Surs sous
le vénéralat de Pastoret.
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