Fantasmagorie autour des sociétés secrètes

by Eloïse on 4 avril 2012

Masque articulé Ibidjo-Ogoni (Nigeria) - Collection E.Pierrat

Qu’elle s’exprime par le dessin graphique dans ses planches de bandes dessinées ou par la fluidité de ses aquarelles, l’œuvre d’Hugo Pratt regorge de références sur les initiations d’ailleurs ou de mentions traitant de sociétés secrètes pratiquant des cultes initiatiques. Tous les continents sont représentés : l’Afrique noire des hommes-léopards, l’Océanie par l’attrait des îles Salomon, l’Amérique latine précolombienne, etc .

La fascination portée par le public aux sociétés initiatiques et secrètes réside dans l’absence de documents illustrés (films, photographies, etc.), l’essentiel des connaissances se basant sur les éléments et expériences rapportés. Dès lors, toute reconstitution est emplie d’une aura plus impressionnante permettant les élucubrations les plus diverses. Car si les objets existent bel et bien, portant en eux la preuve d’une pratique rituélique, le mystère reste entier quant à son déroulement.  Or, les initiations permettent de franchir une étape – comme le passage de l’enfance à l’âge adulte sans transition par l’adolescence – et le processus est plus ou moins long, selon les sociétés. Dans tous les cas, l’expérience initiatique, quelle que soit son origine ethnique – se doit d’être vécue de manière intense, c’est pourquoi la cérémonie est souvent chahutée afin de marquer ce nouveau chemin de vie dans lequel le récipiendaire s’engage.

Les artistes ont souvent été fascinés par les sociétés dites « primitives ». Grands collectionneurs d’objets rituéliques – tels Pablo Picasso, Juan Gris ou Max Ernst – la plupart n’ont pas manqué de s’en inspirer dans leurs expressions artistiques. A l’inverse, l’œuvre d’Hugo Pratt a pour ambition de mettre en scène des expériences occultes ; il fait une approche tout à fait autre de l’initiation, les années passées en Ethiopie l’ayant sans doute marqué. Si l’initiation africaine à laquelle est soumis l’ensemble de la population est méconnue, « HP » s’intéresse et représente dans son Å“uvre graphique les parcours initiatiques des « surinitiés », de ceux ayant souhaité poursuivre un cheminement spirituel et ésotérique plus approfondi, et de ce fait plus mystérieux encore. Passionné de lecture et de recherches, il ne manque pas de mettre en scène ces grands initiés et à les représenter de manière tout à fait réaliste. Cependant, sans doute pour des raisons esthétiques mais aussi de scénario, Pratt aime à déplacer les groupes tribaux et les évènements historiques géographiquement et dans le temps. Ainsi les hommes-léopards présents dans les Ethiopiques, qui ont fasciné de nombreux auteurs (Hergé, Jacques Martin), sont déplacés du Congo belge à la côte Est africaine, près de Zanzibar. Les représentations de pectoraux de Nouvelle Guinée prennent place dans l’œuvre de l’artiste sur les îles Salomon, tandis que les boucliers éthiopiques s’installent en Tanzanie !

En conclusion, il est avéré que si Hugo Pratt se réapproprie les évènements et les objets, le monde tribal représenté n’en reste pas moins parfaitement authentique.

Sources :  Conférence d’Emmanuel Pierrat, « Hugo Pratt et les sociétés initiatiques d’Afrique, des Amériques et d’Océanie » – Les Vendredis de Pratt, le vendredi 30 mars.

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