La notion de patrimoine maçonnique : les remous de la guerre (2)

by Eloïse on 13 avril 2012

Exposition antimaçonnique au Petit Palais en 1940

L’entrée des troupes allemandes dans la capitale française le 14 juin 1940 fut décisive pour la franc-maçonnerie. Dès le 13 août de la même année, le gouvernement de Vichy disposait d’une loi dissolvant « toute association, tout groupement de fait donc l’activité s’exerce, même partiellement de façon clandestine ou secrète… » (art.1)

Considérant l’ordre maçonnique comme responsable de tous les maux des Français, le maréchal Pétain résolu de le liquider et décréta dès l’année suivante la publication des noms et rangs de tous les dignitaires maçons. Des listes furent régulièrement publiées grâce au travail minutieux des employés des départements des Sociétés Secrètes installées en zone occupée comme en zone libre.

A Paris, c’est Bernard Faÿ, directeur de la Bibliothèque Nationale de France, qui est chargé du service des Sociétés Secrètes installé dans l’hôtel Cadet, siège du Grand Orient de France. C’est dans ces locaux que sont concentrés toutes les archives, les livres et les oeuvres saisis après la fermeture de toutes les obédiences maçonniques parisiennes. Ces trésors sont étudiés rigoureusement et font l’objet d’articles de propagande paraissant dans un mensuel intitulé : « Les Documents maçonniques« . Bernard Faÿ précise d’ailleurs dans le 1er numéro paru en octobre 1941 :  » Cette revue n’est pas un organe politique, ni un organe littéraire, mais un recueil de documents et nous nous excusons de ne pas présenter une thèse ni un plaidoyer, mais seulement une série de documents et de pièces à convictions« .

Parallèlement aux nombreuses parutions, aux conférences et aux films dénigrant la franc-maçonnerie, le montage d’expositions antimaçonniques va compléter les propos accusateurs des autorités nazis et vichyssoises. Les objets pillés dans les loges et aux sièges des obédiences sont mis en scène de façon à ridiculiser et à provoquer l’effroi du public. Le premier musée du genre semble avoir pris naturellement place dans les locaux de la rue Cadet puisqu’une mention inscrite dans les Documents Maçonniques informe que les abonnements sont reçus : « Ã  Paris, Musée des Sociétés Secrètes, 7 rue Saulnier« . Malheureusement, peu d’informations nous sont parvenus permettant de retracer le fonctionnement de cette institution. Toutefois, il est connu que les expositions temporaires mises en place partout en France, et à l’étranger, remportent un vif succès, comme le signalent de nombreux journaux de l’époque. Pour inciter le public à s’y rendre les timbres et les oblitérations annoncent même ces évènements : « A Hanovre en 1939, deux types d’oblitérations furent utilisés pour inciter le public à visiter un musée maçonnique destiné à montrer les « méfaits » et la « nocivité » de l’Ordre. Une oblitération mécanique rouge sera utilisée également à Düsseldrof d’avril 1940 à juin 1941…« 

L’une des premières expositions sur les « sociétés secrètes » fut montée à Paris au Petit Palais en octobre 1940 : « Le spectateur découvre au cours de sa visite l’ambiance des lieux où se réunissent les Frères. Les objets et les meubles enlevés dans les différentes Obédiences de France ont servi à la reconstitution des temples. Le cabinet de réflexion où se recueille le futur apprenti avant son initiation, par son aspect lugubre et la présence d’un squelette, impressionne le néophyte« .

Visionnez le film de propagande nazi et de Vichy : Exposition anti maçonnique au Petit Palais en 1940

 

Bibliographie :

 

Dominique Rossignol, Vichy et les francs-maçons : la liquidation des sociétés secrètes (1940-1944), JC Lattès, 1981

Jean-Claude Allard, Humanisme 220-221, Conform Edition, 1995

Eloïse Auffret, Histoire du Musée de la Franc-Maçonnerie, mémoire de muséologie, Ecole du Louvre, 2003

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