Le chef d’œuvre du F.’. Juan Gris : le parfait équilibre entre expression plastique et engagement humaniste

by Eloïse on 2 mars 2012

 

Plaque commémorative



Le musée se veut un espace de rencontres, de réflexions et d’évocations patrimoniales portées par une chaine humaine remontant au début du XVIIIe s. La discrétion quant à l’appartenance de certaines personnalités étant de fait, l’époque contemporaine semble souvent, au regard des visiteurs, être exclue du parcours muséal. Il n’en est rien pourtant, car nombre de maçons issus de tout corps professionnel ont fait partie de l’ordre. Il en va ainsi de l’engagement maçonnique du peintre cubiste José Victoriano Gonzales plus connu sous le nom de Juan Gris (1887-1927). Le musée a en sa possession deux plaques métalliques commémoratives qui lui rendent ainsi hommage.

Après des études d’art, fuyant les obligations militaires, le jeune Espagnol arrive à Paris en 1906 où il rêve d’une carrière artistique ; il s’installe dans le quartier de Montmartre où il fréquente de nombreuses personnalités de renom tels Picasso, Apollinaire, Max Jacob ou Georges Braque.

Il travaille plusieurs années comme illustrateur satirique pour de nombreux périodiques (Charivari, L’Assiette au beurre, Le Courrier français, Le Témoin, L’indiscret, Le Cri de Paris, la revue espagnole L’Esquella de la Torratxa, etc.) où il traite de thèmes politiques et sociaux, avant de reprendre une carrière de peintre grâce au contrat d’exclusivité signé en 1912 avec le marchand et critique d’art Daniel-Henry Kahnweiler et au mécénat de l’Américaine Gertrude Stein.

Passionné par les sciences, l’occultisme, la cabale et investi dans le domaine social, Juan Gris porte un regard intéressé sur la franc-maçonnerie. Il frappe à la porte du temple de la Loge Voltaire au Grand Orient de France au printemps 1921 mais sa candidature est refusée. La même année, sa santé déclinante, Juan Gris quitte l’insalubrité du Bateau-Lavoir à Montmartre pour s’installer avec sa compagne Josette à Boulogne, quartier en plein expansion où vit alors la famille Kahnweiler. Juan Gris y mène une vie sociale intense ne manquant pas de se rendre régulièrement aux fameux « Dimanches de Boulogne » qui se tiennent chez le marchand d’art; les plus grands noms des arts et des sciences s’y retrouvent à l’occasion de débats, d’après-midis dansants, de soirées musicales ou dédiées à l’hypnose, etc. Cette émulation l’incite à faire une nouvelle demande au même atelier maçonnique parisien, dont est déjà membre son ami sculpteur Jacques Lipschitz, dans lequel il est finalement initié le 2 février 1923. Impliqué au sein de sa loge, très investie au demeurant dans l’action caritative, ses absences sont rares. Il passe compagnon en mars 1924 et est reçu maître en février 1925.

Sa carrière comme son engagement maçonnique lui permettent de rencontrer de nombreuses personnalités tel le Docteur Allendy, lui aussi franc-maçon, initié au Grand Orient de France à la Loge L’Etoile Polaire. Président du Groupe d’Etudes Philosophiques et Scientifiques, il invite Juan Gris à prendre parole dans l’amphithéâtre de la Sorbonne en mai 1924. La conférence a pour titre «  Des possibilités de la peinture » et porte un regard mature et ambitieux sur le travail en arts plastiques. Son intervention remportant un succès mérité, le texte, dont le manuscrit est également conservé au Musée, sera publié par Henri Kahnweiler dans la biographie consacrée à l’artiste espagnol quelques années après sa disparition en 1927.

Le parcours initiatique et l’aboutissement esthétique dans l’œuvre de Juan Gris transparaît dans le discours tenu à la Sorbonne, où il évoque le cheminement intérieur de l’artiste…le tableau est donc pour lui une architecture dont les éléments, les formes, les couleurs se rencontrent, s’ajoutent, s’ajustent et s’agencent pour former une nouvelle unité : « La liberté de l’artiste dépasse l’art : c’est une liberté intérieure ».

 

 

Bibliographie :

 

Pascal Bajou, « Juan Gris : du bateau-Lavoir à la rue Cadet », in La Chaîne d’Union n°20, 2002, p.62-77

Catalogue « Hommage à Juan Gris (1887-1927) : centenaire de sa naissance », Grand Orient de France, Paris, 1987

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