Dans le jardin d’Eden : les prémices de l’égalité

by Eloïse on 9 mars 2012

En ce lendemain consacré à la journée de la Femme, comment ne pas proposer une thématique se rapportant à la maçonnerie des Dames ? Certes, nous n’avons pas manqué sur ce blog de nous intéresser à des sujets s’y rapportant mais une mise en lumière plus précise serait sans doute appropriée.

Si les recherches encore récentes démontrent, à l’évidence, que la pratique maçonnique est avérée pour les femmes dès les années 1740, les écrits, encore rares, ne justifient en rien l’idée d’une maçonnerie « au rabais » soumise à l’autorité masculine. Les Sœurs s’impliquent et prennent leur destin en main et très tôt l’on constate une volonté de s’affranchir de la soumission des hommes imposée par la société. Car, si la femme n’a alors aucun statut juridique, ces premières maçonnes revendiquent très tôt un principe d’égalité que certains Frères, comme l’écrivain Choderlos de Laclos dans un discours prononcé à la suite de l’installation de la loge d’adoption à Salins en 1777, vont soutenir estimant que la femme est complémentaire de l’homme.

Citons la décision de la loge d’adoption La Candeur à l’Orient de Paris qui fait le choix « qu’on admettrait désormais aucun Frère ou profane sans le consentement de tel ou tel profane ou affilié » tandis que l’oratrice de la loge La Concorde à Dijon annonce dans un discours : «  Ô mes Sœurs, jouissons d’un honneur qui venge notre sexe des injures multiples qu’on lui a faites si longtemps. Applaudissons nous d’avoir trouvé des hommes justes qui au lieu de nous offrir cette condescendance, (…) nous présentent une association, un partage, signes précieux de l’estime et de l’égalité ».

Les femmes du siècle des Lumières, bien qu’essentiellement issues de cercles bourgeois ou de la noblesse, s’engagent souvent, il est vrai, à la suite des hommes de leur famille – époux, père ou frère -  également membres actifs de loges. Mais certaines ne manquent pas d’entamer un parcours initiatique de leur propre chef, comme les princesses Bathilde de Bourbon ou de Lamballe. Cette dernière, surintendante de la Maison de la Reine Marie-Antoinette, ayant eu une vie conjugale malheureuse, entra en maçonnerie à la loge féminine de « La Candeur », le 12 février 1777. Elle s’intéressa au mouvement des Lumières (sa bibliothèque regorgeait d’ouvrages d’Helvetius, de Voltaire, d’Hume, de Fénélon, etc) et à ses concepts,  porta un intérêt à la condition des femmes et à l’amitié féminine. D’un esprit indépendant et engagé, elle organisa notamment un dîner suivi d’un bal auquel ne furent conviées que des femmes, ce qui choqua la cour et irrita la reine. Le 10 janvier 1781, elle fut élue Grande Maîtresse de la «Mère Loge Écossaise ». Faisant fi des conventions et des protocoles imposés par la cour, elle fut victime de nombreuses critiques et rumeurs de ses pairs mais elle resta fidèle aux idéaux maçonniques et à ses engagements philanthropiques pour lesquels elle oeuvra sa vie durant jusqu’à sa mort tragique en 1792.

E.A.

Bibliographie :

Les femmes et la franc-maçonnerie, des Lumières à nos jours (XVIIIe et XIXe s.), La Pensée et les Hommes, Belgique, 2011-2012.

Loges d’Adoption au XVIIIe s., «  Esquisse des travaux d’adoption dirigés par les Officiers de la Loge de La Candeur, à l’Or.’. de Paris, depuis son établissement jusqu’au 15 mai 1773 »,  in revue L’Acacia, 1933, p. 286-291

Gilles Gudin de Vallerin, « Installation par Choderlos Laclos d’une loge d’adoption à Salins (Jura) en 1777 », in Mémoires de la Société pour l’Histoire du Droit et des Institutions des anciens pays bourguignons, comtois et romands, 48efascicule, Editions Universitaires de Dijon, 1991

Françoise Moreillon, « Les manuscrits Giroust et les loges du Maine et Loire, au XVIIIe s. » in Chroniques d’Histoire maçonnique n°63,  2009.

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