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L'école, nouvel eldorado des entreprises

On assiste depuis de nombreuses années à la pénétration des entreprises dans les établissements de l'enseignement public. La pénétration prend plusieurs formes :

- au niveau national par la publicité, le sponsoring de marques, le mécénat, le télé enseignement, quand ce n'est pas l'éducation nationale elle-même qui se positionne en tant qu'acteur de ce marché économique ;
- au niveau européen où les entreprises voient dans l'école un nouveau marché encore vierge à leur volonté d'hégémonie et sont déjà prêtes à se lancer à la conquête de ce nouvel Eldorado.

 
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L'école, nouvel eldorado des entreprises
 
 
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Cette pratique qui vise à transformer les jeunes élèves en consommateurs est désormais monnaie courante en France. Une telle intrusion des intérêts privés dans le domaine public suscite des inquiétudes car, malgré la Loi qui interdit toute forme de publicité à l'école, elle porte un coup réel au principe d'égalité et à la laïcité. Pour parvenir à leurs objectifs, ces entreprises privées jouent sur l'absence de moyens offerts aux enseignants pour accomplir leur travail et sur le laxisme des services publics.

Comme on a pu le constater ces dix dernières années en ce qui concerne l'action humanitaire ou la défense des préoccupations écologiques, on assiste à un glissement de la participation des entreprises du mécénat (à travers des fondations ou des Prix) vers une présence directe, ce qui est moralement inacceptable. Dans un domaine qui ne concerne pas directement l'entreprise, seul, le mécénat semble raisonnable : Fondation de l'entreprise " untel " pour la culture ou la sauvegarde d'un patrimoine . Au contraire, la publicité de l'entreprise au sein de ces domaines qui devraient rester protégés, est intolérable, d'autant plus que cette publicité est parfois sournoise : l'entreprise " untel " vend ses dentifrices sur lesquels elle annonce qu'un franc sera prélevé pour sauver un enfant ou un arbre.
On en arrive à une situation où tout se monnaye, même l'éducation, même l'humanitaire. Il y a 150 ans, pendant la révolution industrielle, les biens immatériels représentaient 10 % des biens commercialisables. Aujourd'hui, le processus s'inverse. Les biens matériels ne représentent plus que 10 % des biens commercialisables. Quand on pousse ce paradoxe à l'extrême et qu'on vous dit, comme aux USA : l'éducation de votre enfant vaut tant et qu'il vous faut, parfois, choisir entre posséder un réfrigérateur et l'éducation des enfants, alors l'économie libérale montre ses limites.

Notre devoir est de résister aux prétentions hégémoniques de certaines grandes entreprises : il en va de l'avenir de nos enfants, il en va des principes de la République française, il en va des valeurs du Grand Orient de France .
Un nouveau marché, des nouvelles méthodes
L'OCDE estime à mille milliards de dollars, le montant des dépenses annuelles de ses États membres, en faveur de l'enseignement. Quatre millions d'enseignants, 80 millions d'élèves et étudiants, 320 000 établissements scolaires (dont 5 000 universités et écoles supérieures de l'Union Européenne) sont à présent dans la ligne de mire des entreprises.

En France, les 12 500 000 enfants scolarisés, sont perçus comme autant de "Futurs consommateurs qui détiennent un pouvoir de prescription estimé à 600 milliards de francs. Le seul pouvoir d'achat des mineurs de 4 à 17 ans (argent de poche, petits jobs, etc.) est évalué à 22 milliards de francs ". (Lire l'enquête d'Anne Denis, " Quand l'entreprise part à la conquête de l'école ", Les Échos, 14 janvier 1998).
Toujours d'après cette enquête, "les études marketing ont prouvé qu'au-delà des produits qu'ils consomment (jouets, vêtements), les enfants influencent des achats familiaux " lourds " comme la voiture, l'ordinateur ou les vacances.

Et puis chacun sait que la plupart des habitudes de consommation s'acquièrent dès l'enfance. Les entreprises cherchent donc, comme aux États-Unis, à construire leur image dès le plus jeune âge. "
Certaines marques offrent aux enseignants des supports pédagogiques, pour les assister dans l'animation les classes : Colgate apprend le brossage des dents ; Danone, Heudebert ou Liebig vantent les bienfaits alimentaires ; Hachette, Kellog's offrent 13 000 kits par an ; Leclerc fournit 12 000 mallettes sur les mystères de l'Euro ; la Caisse d'épargne, Mars, Michelin évoquent la sécurité dans la rue ; Microsoft équipe gratuitement des écoles primaires en ordinateurs.
Pour la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE), " ces outils pédagogiques comportent de la publicité : ils n'ont pas leur place à l'école, qui n'est pas un lieu de commerce. D'ailleurs, la loi l'interdit. Le ministère doit rappeler les principes républicains en matière scolaire. Il faut sûrement améliorer les documents éducatifs officiels émis par le Centre national de la documentation pédagogique, mais en aucun cas faire appel à des marques. Les entreprises soi-disant citoyennes n'ont qu'à faire leur métier. Et laisser la mission d'éducation à l'éducation nationale. "

L'édition scolaire n'est pas épargnée par ce phénomène, les livres d'école s'ouvrent aux emballages des Chocos de Kellog's, aux AGF et à l'auto-promotion des éditeurs. Les revues des syndicats d'enseignants ou des parents d'élèves ne sont pas épargnées non plus.

Côté ministère, on baisse les bras ou on se voile la face, ou mieux, on botte en touche vers les chefs d'établissement et les enseignants en les appelant à une plus grande vigilance...
Côté syndicats d'enseignants, on ne réagit pas encore vraiment.
Côté entreprises, on profite du manque de moyens, du flou réglementaire et de l'absence de réaction pour marquer le terrain, avec la ferme intention d'y rester.
L'Europe encore plus radicale : du berceau au tombeau
La construction de l'Europe de l'éducation a pris un tour clairement économique. Le principal enjeu, en plus de ceux évoqués plus haut, concerne le télé-enseignement. Enjeu à la fois technologique avec l'apparition des nouvelles techniques de l'information : cédérom, Internet, DVD, EDI, etc., mais enjeu surtout économique puisque le marché européen dépasse les mille milliards de dollars. Les dirigeants de grandes multinationales ont mis en place l'ERT (Table Ronde Eurpéenne). Cette association constitue un véritable lobby dont le domaine d'action est précisément la pénétration du "marché" de l'éducation. L'existence même de cette ERT est un signe de l'importance que les principaux acteurs du capitalisme européen attachent à ce qu'ils considèrent avant tout comme un enjeu économique. La vigilance est d'autant plus importante que ce groupe est très influent dans certains milieux et, en particulier, au sein de la Commission Européenne. Il s'agit, une fois de plus, d'une bataille dans laquelle les défenseurs de la Laïcité sont en position de faiblesse. Comme aucune législation ( commune ) n'existe, la porte est grande ouverte à la pénétration économique...
En conclusion
Le Grand Orient de France s'inquiète de cette intrusion insidieuse des intérêts privés dans l'école publique. Cette marchandisation de l'éducation est un danger réel pour les valeurs que nous défendons. Plus que jamais, il nous faut rester vigilant tant au niveau national qu'à l'échelon européen où se jouent actuellement l'avenir de la Laïcité, de la citoyenneté et de notre vision de la République.
Annexe
Extraits d'un article tiré du " Monde diplomatique "-" L'école, grand marché du XXIe siècle par GERARD DE SELYS"
La Table ronde européenne des industriels - ERT, fondée en 1983, regroupe quarante-sept des plus importants dirigeants industriels européens ( Jérôme Monod, Louis Schweitzer, Carlo De Benedetti, etc.).

En 1989, elle déclare vouloir créer, en marge de réseaux d'enseignement publics réduits à dispenser une éducation de base, un vaste système, privé et commercial, de télé-enseignement.

En 1991, elle déclare : " Une université ouverte est une entreprise industrielle, et l'enseignement supérieur à distance est une industrie nouvelle. Cette entreprise doit vendre ses produits sur le marché de l'enseignement continu, que régissent les lois de l'offre et de la demande. ". Plus loin, elle qualifie les étudiants de " clients " et les cours de " produits ".

En 1994 , elle précise : " La responsabilité de la formation doit, en définitive, être assumée par l'industrie. [...] Le monde de l'éducation semble ne pas bien percevoir le profil des collaborateurs nécessaires à l'industrie. [...] L'éducation doit être considérée comme un service rendu [...] au monde économique. [...] Les gouvernements nationaux devraient envisager l'éducation comme un processus s'étendant du berceau au tombeau. [...] L'éducation vise à apprendre, non à recevoir un enseignement. [...] Nous n'avons pas de temps à perdre. "
Dans " L'Enseignement à distance dans le droit économique et le droit de la consommation du marché intérieur, Office des publications officielles des Communautés européennes, Luxembourg, 1996 ", la Commission européenne écrit : " Le traité CEE prévoit [...] une action de la Communauté dans le domaine de l'éducation et de la culture. Cette disposition limite donc les compétences nationales. Le développement de l'éducation à distance est explicitement cité comme l'un des objectifs de l'action de la Communauté. [...] L'enseignement privé à distance est un service. " Or " la libre prestation de services est garantie à l'article 59 et suivants du traité [...]. Il est donc possible de la faire valoir directement contre les restrictions imposées par les États membres". Le syllogisme est imparable : l'enseignement à distance est un service.

Le 6 mai 1996, les ministres de l'éducation des Quinze décident d' " encourager les actions de recherche sur les produits et les processus d'apprentissage, éducation et formation à distance inclus, la création et la conception de logiciels éducatifs multimédias ".

En 1996, L'OCDE déclare dans un rapport " Les Technologies de l'information et l'avenir de l'enseignement post- secondaire, OCDE, Paris, 1996. " : " Aux États-Unis, le Projet Annenberg / CPB collabore avec des producteurs en Europe, au Japon et en Australie pour créer plusieurs types de nouveaux cours devant être utilisés dans l'enseignement à distance [...]. Les étudiants deviennent des clients et les établissements des concurrents luttant pour obtenir une part du marché [...]. Les établissements sont incités à se comporter en entreprises. [...] Les étudiants doivent payer tout ou partie du prix de leurs cours. "

En février 1998, Claude Allègre annonce la création d'une Agence pour la promotion de la formation à l'étranger, il indique : " Nous allons vendre notre savoir-faire à l'étranger, et nous nous sommes fixés un objectif de 2 milliards de francs de chiffre d'affaires en trois ans. Je suis convaincu qu'il s'agit là du grand marché du XXIème siècle.
Un seul exemple : un pays comme l'Australie gagne 7 milliards de francs grâce à l'exportation de ses formations "




 

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