Vous recherchez :
  • 6f15f19307069482794480bed5c63a7b
  • Af9f533429a9760df2ec7af1d9b768c3
  • Fc7fa1b1f91dc13808ecc2638fb67795

Lettre d'information

Pour rester informé, inscrivez vous.

Se désinscrire

A quoi sert le Grand Orient de France ?

Date parution : 15/09/2000

Cette question dérangeante pour les francs-maçons, ils se la posent eux-mêmes, de manière de plus en plus forte depuis plusieurs années. Le Grand Orient de France, plus ancienne et plus importante Obédience maçonnique d’Europe continentale, protégé en partie par le calme du travail en Loge, mais exposé souvent par la confrontation des idées dans l’Ordre et à l’extérieur, a été l’enjeu, il y a quelques années d’une remise en question majeure. Jamais les francs-maçons n’ont été aussi nombreux dans notre pays, jamais l’affluence n’a été aussi grande dans les réunions publiques organisées par les Maçons, jamais la demande de réflexion, de débat, de dialogue n’a été aussi intense.

Pourtant, le débat public est souvent moribond. On s’affronte plus souvent sur l’accessoire que sur l’essentiel. Les phénomènes de mode se succèdent et font l’objet d’opérations médiatiques qui se bousculent l’une l’autre sans laisser grande trace. Le Grand Orient de France a toujours préféré la mise en sens à la mise en scène. Et les grandes questions d’aujourd’hui, la défense de la République, la laïcité, la défense de la sphère sociale et des droits de l’Homme, appartiennent à notre patrimoine depuis près de trois siècles. Nous essayons de faire en sorte que les grandes questions de demain soient déjà au cœur de nos réflexions.

Les interrogations qui s’accumulent sur l’évolution du Monde, la précarisation généralisée des vies, les " ombres " de plus en plus fortes de la croissance, les tensions et les violences qui reviennent, donnent à l’espace préservé des Loges une nouvelle dimension de recherche et parfois d’espoir. Sur tous ces sujets, les francs-maçons interrogent la société.

La nouvelle prospérité, souvent virtuelle, de l’économie ne peut masquer les immenses foyers de précarité et les orphelins de la croissance qui se révèlent. Personne ne peut croire que cinq à dix millions de citoyens pourront rester longtemps et passivement à l’écart d’une société de consommation toujours plus flamboyante. Nous posons la question de la création d’un Revenu Minimum d’Existence garantissant à chacun le droit de vivre. Il faut remettre dans l’immense fatras des aides sociales la cohérence nécessaire à une politique de solidarité active qui engage la responsabilité de chacun dans la gestion de sa propre vie sans supporter une charité concédée par une bureaucratie tatillonne..

La création désormais possible d’individus sans identité, les questions posées par les développements de la génétique et des sciences du vivant, ne se posent pas uniquement en termes d’investissements ou de bénéfices futurs. Au-delà de la société marchande, les citoyens ont le droit à un contrôle souverain de l’évolution de l’Humanité.

Les réformes de la procédure pénale en France ne peuvent cacher l’absence de plus en plus criante du Peuple dans le dispositif judiciaire. Peu de jurys, et encore sous contrôle, des décisions prises en interne sans confrontation, sans réel Habeas Corpus, caractérisent encore trop souvent le fonctionnement de nos tribunaux, coupés des citoyens pour lesquels ils agissent.

Dans notre pays, l’Etat a créé la Nation. Mais notre Etat, Impérial, souvent méprisant, parfois arrogant, est devenu un Etat spectateur, un Etat souvent passif, un Etat indifférent. Parce que l’Etat c’est d’abord le citoyen et que le peuple doit rester souverain, il est temps pour la Nation de reconstruire l’Etat, un Etat régulateur, un Etat véritablement décentralisé tout en garantissant l’unité des citoyens qui font la Nation. Le moment est venu pour la Nation de reconstruire son Etat.

La franc-maçonnerie ne fera pas l’économie d’une réflexion sur elle-même. Le GODF s’y consacre dans le droit fil de ses traditions. Nous nous devons d’abolir les formes les plus dévoyées de notre obligation de notre discrétion, devenue le " secret maçonnique ", et qui n’a jamais été autre chose qu’une promesse de silence. Au-delà du respect de l’intimité personnelle de nos choix individuels, le secret ne servira jamais plus à protéger quelques dévoiements individuels, le plus souvent sanctionnés d’ailleurs, mais avec une discrétion qui passait souvent pour de la complicité passive. La nécessaire solidarité envers ceux qui sont touchés dans leur emploi ou leur santé ne devra plus supporter les dérives affairistes de quelques uns, ternissant la réputation des dizaines de milliers de maçons intègres et honnêtes.

L’ouverture et la transparence nous inciteront à accueillir le public dans nos ateliers au moins une fois dans l’année pour qu’ils comprennent enfin au grand jour ce qu’est notre démarche et comment nous appliquons nos principes.

L’histoire de la maçonnerie et du GODF est liée à l’établissement de la République et de la Démocratie. Dès 1773, nos anciens avaient imposé l’élection des responsables à la tête des Loges pour un mandat limité dans le temps.

Aujourd’hui, nous ne pouvons laisser la République en jachère, ni nous contenter de réformes utiles mais insuffisantes sur la durée des mandats. La Vème République n’est pas la nôtre, et nos références sont ailleurs. Nous ne vivons plus dans la nostalgie mythifiée d’autres Constitutions. S’il faut avancer dans la réforme des institutions, alors faudra-t-il avoir confirmation que ce premier pas sera suivi par d’autres. Comme à l'accoutumée, nous ne serons pas absents.

Sur tous ces sujets, et sur bien d’autres, le débat citoyen commence seulement. Nombreux sont ceux qui créent les conditions d’un autre avenir tout en acceptant l’évolution naturelle des institutions et des structures de l’Etat. La République ne peut se figer en attendant qu’un mouvement plus violent ou plus brutal, la force à évoluer. Les réformes ne sont pas les échecs qui pavent les voies des révolutions annoncées. Elles peuvent prévoir et accompagner le mouvement de libération des individus, en France, en Europe et partout où les voix de l’émancipation peuvent être entendues. La franc-maçonnerie est d'abord le lieu naturel d'élaboration des projets et de confrontation des idées. C'est aussi le lieu intime d'une relation particulière avec soi même dont le moment fort est l'initiation qui perdure la vie entière.

La franc-maçonnerie, qui allie convivialité, recherche spirituelle, engagement dans la Cité, est un corps vivant. Ni squelette sans chair, ni chair sans squelette. Pour que se crée notre mythe fondateur, pour que la recherche de la parole et de l'engagement dans le Monde s’affirment, il fallait renaître de soi-même. Il n'est pas de Temple intérieur qui ne débouche pas sur la vie. Hiram, pour nous, ne mourra pas deux fois.

Le Grand Orient de France veut renouer avec sa mission d’origine, améliorer l’Homme et la Société.

Pour nous, l’Histoire commence seulement.