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Intervention au Mur des Fédérés du Père Lachaise

Date parution : 01/05/2004

Dignitaires et TT. ILL. SS. et FF. ,
VV. MM. et vous tous mes SS. et mes FF. ,
Chers Amis, Mesdames, Messieurs,

La commémoration de la Commune, qui rassemble traditionnellement les Francs Maçons du Grand Orient de France, aux côtés des représentants de la Ville de Paris, devant ce Mur des Fédérés où reposent plus d’un millier de combattants anonymes, revêt, cette année, un caractère particulier.

Aussi, je me félicite que les Obédiences fondatrices de la Maçonnerie Française s’associent à cet événement, pour réaffirmer une même volonté d’œuvrer, ensemble, à la défense et à la promotion de nos valeurs communes.

L’an dernier, à cette même place, mon prédécesseur notre Frère Alain Bauer avait rappelé " notre attachement aux valeurs de la République".

Mais ce 1er mai 2004 ne ressemble à aucun autre :
A l’heure où les Francs-Maçons, quels que soient leur rite, leur conviction ou leur sensibilité, se rassemblent dans le souvenir ;
En ce jour symbolique, où nous exprimons notre fidélité à la mémoire de nos Frères qui, voici 133 ans, payèrent de leur vie leur idéal de liberté, d’égalité et de fraternité, face à l’injustice et à la répression des conservateurs ;
Notre devoir de mémoire se double, cette année, d’un devoir d’espérance, au regard de l’actualité comme de l’Histoire.

L’Histoire, et tout d’abord celle de ce cimetière du Père Lachaise créé par notre Frère Alexandre Brongniart, et ouvert voici 200 ans, le 21 mai 1804.

Lieu emblématique, où sont inhumées à ce jour un million de personnes, et dont l’harmonie et la sérénité ont aussi été troublées par des tragédies en deux siècles d’existence : des combats de 1814, aux massacres de la commune, durant cette semaine sanglante inaugurée un autre 21 mai, en 1871, où périrent tant de martyrs, et dont nous ravivons chaque année, ensemble, la flamme du souvenir.

Au plus fort de la guerre civile, les fédérés qui s’y retranchèrent y furent exécutés par les troupes gouvernementales ; tous furent sommairement inhumés dans des fosses, creusées aux abords de ce mur. Devant ce même mur, 147 d’entre eux amenés de la prison Mazas seront fusillés le 28 mai.

Au total, plus d’un millier de cadavres de communards, et parmi eux de nombreux Frères, y seront entassés.

Mais au-delà de tous ces anonymes, qu’il me soit enfin permis de saluer la mémoire des figures marquantes de la Commune et de l’histoire sociale de notre pays, dont ce cimetière a accueilli les sépultures :
Je pense notamment à : Jules Vallès, Charles Delescluze, Jean-Baptiste Clément, Eugène Pottier, Victor Schoelcher, Jules Guesde, Auguste Blanqui, Alexandre Brongniart et tant d’autres encore…

En commémorant leur souvenir, comme le rappelait notre passé Grand Maître Philippe Guglielmi, voici 6 ans déjà, "nous saluons l’idéal social et républicain symbolisé par la commune, la générosité alliée au progrès humain".

Parce que nous continuons de suivre leur exemple et de défendre ces valeurs, dans ce combat, toujours à recommencer, de l’Humanisme social et universel face aux forces obscures de l’Humanité, notre devoir de mémoire, mes amis, se double, aujourd’hui, d’un devoir d’espérance !

Si ce 1er mai 2004 ne ressemble à aucun autre, c’est aussi parce que notre commémoration coïncide avec une date particulièrement symbolique, au regard de l’Histoire:
Aujourd’hui, vous le savez, 10 nouveaux pays rejoignent l’union européenne.

Cet élargissement, premier des rendez-vous démocratiques qui vont concerner 450 millions de citoyens de 25 pays, est aussi l’occasion pour nous, Francs-Maçons du Grand Orient de France, de réaffirmer notre attachement historique à la construction de l’Europe, et de rappeler nos convictions et nos ambitions, pour l’avenir de notre vieux continent.

Dans ce monde déchiré en permanence par la guerre ; où la lutte contre le terrorisme constitue un défi pour nous tous ; sur cette planète qui souffre de tant d’inégalités, de tant d’écarts de richesses, de tant de désordres écologiques, nous voulons voir l’Europe faire entendre, enfin, sa voix et ses valeurs !

Valeurs de solidarité : qu’il nous faut veiller à renforcer, face à la précarité et à l’exclusion qui menacent les plus fragiles des citoyens ;
Valeurs de démocratie et de laïcité : qu’il nous faut ériger face au mur du nationalisme, du communautarisme, du racisme et de l’antisémitisme;
Un antisémitisme qui est toujours présent, y compris en France, si l’on en juge par la profanation de 127 tombes d’un cimetière israélite survenue, hier encore, en Alsace ;
Acte odieux s’il en est, et qui réclame, plus que jamais, de faire cause commune, contre ce mal qui continue de ronger la République !

Valeurs de progrès et de justice enfin : qu’il nous faut préserver, pour affirmer notre modèle républicain social et culturel, riche de la diversité des peuples, face à la domination unilatérale, arrogante et aveugle, d’une seule puissance sur le monde !

Pourtant, au-delà des perspectives de l’élargissement, et des défis de la construction européenne, nous restons lucides et nous mesurons, aussi, les doutes qu’expriment les européens quant à leur destin.
Nous connaissons leurs attentes et leurs inquiétudes face à l’avenir ; Leur manque de repères, voire leur désenchantement, devant un hypothétique dessein commun.
Nous devons demeurer, nous, Francs-Maçons, face aux craintes et aux incertitudes de nos concitoyens, une force de proposition pour nos sociétés.

Mes amis, plus que jamais, soyons fiers de notre engagement, en ce 1er mai qui est, pour nous, un jour de rassemblement fraternel !

Faisons partager au plus grand nombre, notre espoir d’une Europe plus ouverte et plus solidaire ; d’une Europe qui protège, et qui propage ses valeurs de paix, de liberté, de laïcité, de démocratie et de justice sociale !
Ces valeurs sont comme des vérités patiemment acquises, et qu’il nous appartient de promouvoir, dans la mémoire des drames que l’Europe a si souvent traversés ; sur ce vieux continent jusqu’alors voué à la guerre, qui s’est construit sur les décombres de tant de déchirements ; et dont nous honorons, aujourd’hui, le souvenir, comme on allume des flambeaux.

Je vous remercie.