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Lettre ouverte à mes Sœurs et Frères du Grand Orient de France

Date parution : 02/09/2022


Alors que s’est achevé samedi notre Convent 2022, chacun a pu ressentir la semaine dernière, dans notre Assemblée, le lien qui nous réunit.

Lien étrange et profond entre des femmes et des hommes parce qu’ils partagent un idéal de liberté, de justice et de solidarité et qu’ils ont la volonté commune de construire une société dans laquelle l’émancipation et l’épanouissement permettent d’acquérir une citoyenneté pleine et entière. Cette citoyenneté qui est le socle intangible d’une véritable République, indivisible, laïque, démocratique et sociale.

Depuis ses origines, il y a trois siècles, la première Obédience française, née de la philosophie des Lumières et de l’Humanisme de la Renaissance, a accompagné activement tout au long de son évolution l’Histoire de notre pays, a participé à la construction de la République.

C’est dire notre responsabilité en ces temps où l’accélération du progrès technologique semble incontrôlable et paraît surpasser l’humanité, la faire régresser philosophiquement et spirituellement, et où prospèrent la pensée magique et la superstition au détriment de la raison.

C’est dire notre responsabilité en ces temps où nos démocraties sont de plus en plus fragiles, avec un accroissement de l’intolérance, un essor de la démagogie, des discours et tentations autoritaires.

C’est dire notre responsabilité en ces temps où une nouvelle géopolitique mondiale entraîne la multiplication des conflits guerriers, dont le plus récent fait des morts par milliers à nos portes en Ukraine.

Il y a trois semaines, à New York, un fanatique islamiste a commis une tentative d’assassinat contre Salman Rushdie, obéissant à une fatwa de l’ayatollah Khomeini émise en 1989 pour un livre jugé blasphématoire. L’obstination totalitaire des obscurantistes religieux nous rappelle que la liberté de conscience et la liberté d’expression ne sont jamais définitives.

Nous vivons ce que décrivait Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». Loin de se dissiper, ce clair-obscur grandit année après année, sans contour ni perspective, comme si la modernité, devenue « sur-modernité » était sa propre victime, semblant s’engloutir elle-même peu à peu, les bras levés et regardant un ciel de chaos.
« La résignation est un suicide quotidien » disait Balzac. Comment, nous, franc-maçonnes et francs-maçons du Grand Orient de France, au-delà de l’indignation, pourrions-nous ne pas travailler sans relâche pour lutter contre ces abominations ?

La Franc-maçonnerie laïque, libérale et progressiste en général et le Grand Orient de France, en particulier, peuvent être un des points solides du futur, celui où la conjonction du cœur et de l’esprit, l’exercice de la raison, le primat de la liberté de conscience, la philosophie de l’altruisme et de la solidarité, forment une digue infranchissable par les tempêtes tumultueuses qui déferlent sur le monde.

Face à la complexité des enjeux, à la sévérité des circonstances, face à la dureté de l’inflexible réalité, c’est avec patience, lucidité et humilité mais aussi, ardeur au travail qu’il nous faut aborder les nombreux chantiers qui sont devant nous. La détermination des tailleurs des premières pierres des plus grandes cathédrales n’était pas amoindrie par l’impossibilité de contempler leur œuvre qui ne s’achèverait que plusieurs siècles plus tard. À leur image, construisons pierre après pierre notre édifice pour que d'autres puissent en connaître la réalisation.

Pour cela, agissons afin que le Grand Orient de France demeure le laboratoire d’idées et la force de progrès qu’il est depuis trois siècles. Attachons-nous à maintenir tout ce qui établit sa nature singulière, ses piliers initiatiques et philosophiques comme ses principes d’organisation. Veillons avec la plus grande attention au maintien de son organisation horizontale, au respect de sa démocratie interne fondée sur la légitimité électorale à tous niveaux et, à la préservation de la liberté et de la souveraineté des Loges.

Veillons également à la sauvegarde intransigeante de nos principes éthiques qui font l’identité du Grand Orient de France. Notre Règlement Général nous interdit explicitement la moindre connivence, collusion ou agrément avec des groupes, partis, associations et personnes dont les actes ou les discours contiennent des ferments d’exclusion, de racisme, d’antisémitisme ou de xénophobie. Toute faiblesse dans ce sens serait un égarement mortifère pour le Grand Orient de France.

Au renforcement des piliers intangibles qui soutiennent l’Ordre depuis trois siècles, à la préservation de ses principes majeurs d’altruisme, de laïcité et de solidarité, à la sauvegarde de ses caractéristiques essentielles, il faut ajouter de nouvelles pistes de réflexions. Nous souhaitons poursuivre les réflexions proposées aux Loges depuis deux ans sur certains thèmes : droits et conditions des femmes et des enfants, prise en charge du handicap dans notre société, assistance aux migrants et nouvelle précarité de la jeunesse.

Cette année, nous souhaitons ajouter à la réflexion des Loges autour de la crise écologique qui détruit notre planète, un travail sur la nécessité de reconsidérer la condition animale, sur la reconnaissance de la vulnérabilité et la souffrance des animaux. Au-delà de l’empathie et la compassion, ces travaux participent de notre philosophie de l’altruisme et de l’attention aux plus faibles, socle de notre idéal.

Concernant la communication, chantier majeur, en dépit des inévitables individualités qui par leurs comportements inacceptables de tous ordres, sont hélas confondus avec l’immense majorité droite et honnête de nos membres, nous ne sommes pas condamnés à perdre définitivement la bataille de l’image, prépondérante. Pourquoi depuis si longtemps ne s’est-on pas expliqué plus clairement alors que seule la connaissance adéquate de la Franc-maçonnerie peut balayer les fantasmes et les inepties ? La clarification de la véritable nature de la Franc-maçonnerie, l’expression la plus juste de sa philosophie et de sa morale, de la générosité de son projet de société, représentent probablement un de nos devoirs les plus urgents.

C’est à chacune et chacun d’entre nous, alors que la confusion et le désordre brouillent l’entendement et la raison, de s’engager et travailler avec courage et discernement, pour donner force et vigueur à notre Obédience au service de notre idéal.

Tout faire pour répandre nos valeurs et lutter sans répit pour que la République, indivisible, laïque, démocratique et sociale ne soit pas, peu à peu, déconstruite, au profit d’un autre modèle de société, communautarisé, fait de juxtapositions des différences d’origines, de cultures, de religions, de genres, coexistantes les unes aux côtés des autres plutôt que réunies par une vision républicaine commune dépassant les appartenances, dans une réelle égalité de droits et une véritable fraternité de cœur et d’esprit.

C’est ainsi que le Grand Orient de France pourra poursuivre le grand œuvre alchimique de ceux qui, il y a trois siècles, conçurent l’assemblage improbable d’un Ordre initiatique, d’une philosophie humaniste et d’une sociabilité fraternelle, grand œuvre qu’ils nommèrent la République universelle.



Georges Serignac

Grand Maître du Grand Orient de France

Paris, le 2 septembre 2022



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